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Canicule : et si nos règles d'urbanisme étaient encore celles d'un climat qui n'existe plus ?

  • 15 juil.
  • 3 min de lecture

42 °C dans certaines villes. Des écoles fermées. Des logements inhabitables. Des rues désertées en pleine journée. Chaque été semble battre le précédent.

Pourtant, nos documents d'urbanisme, nos règlements et même notre manière de construire restent souvent pensés pour le climat... d'hier.


1. Pendant des décennies, la réglementation s'est concentrée sur le froid

La France a longtemps conçu ses bâtiments pour :

  • conserver la chaleur l'hiver ;

  • limiter les consommations de chauffage ;

  • améliorer les performances énergétiques.

Les réglementations thermiques successives (RT puis RE2020) ont énormément progressé.

Mais aujourd'hui...

le problème devient aussi :

comment vivre dans un logement lorsqu'il fait 38 ou 40 °C plusieurs jours d'affilée ?


2. Les passoires thermiques... d'été

On parle énormément des passoires énergétiques.

On parle beaucoup moins des logements qui deviennent de véritables fours.

Exemples :

  • grandes baies vitrées plein sud

  • peu de protections solaires

  • sols entièrement minéraux

  • absence d'arbres

  • toitures sombres

  • ventilation insuffisante

  • absence d'inertie thermique

Ces bâtiments peuvent pourtant respecter les règles actuelles... tout en offrant un confort d'été très médiocre.



3. L'urbanisme a aussi sa part de responsabilité

Ce n'est pas uniquement une question de bâtiment.

L'aménagement des quartiers joue énormément :

  • suppression des arbres

  • imperméabilisation des sols

  • parkings immenses

  • cours d'école entièrement en enrobé

  • manque d'ombre

  • disparition des haies

  • densification sans réflexion climatique

On connaît désormais le phénomène des îlots de chaleur urbains.



4. Les PLU doivent-ils évoluer ?

Demain, faudra-t-il :

✔ imposer davantage d'arbres ?

✔ limiter certaines couleurs de toiture ?

✔ protéger systématiquement les haies ?

✔ rendre obligatoires les protections solaires ?

✔ limiter l'imperméabilisation ?

✔ favoriser les matériaux biosourcés ?

✔ imposer davantage de pleine terre ?

Aujourd'hui, certains PLU commencent à intégrer ces préoccupations, mais cela reste très variable selon les territoires.



5. La RE2020 suffit-elle ?

La RE2020 : une avancée majeure… mais pensée avant tout pour le bâtiment

Entrée en vigueur le 1er janvier 2022, la Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) a succédé à la RT2012 avec trois grands objectifs :

  • améliorer encore la performance énergétique des bâtiments neufs ;

  • réduire leur empreinte carbone tout au long de leur cycle de vie ;

  • garantir un meilleur confort pendant les épisodes de fortes chaleurs.

Contrairement aux précédentes réglementations thermiques, la RE2020 ne s'intéresse donc plus uniquement aux consommations de chauffage. Elle reconnaît que le changement climatique modifie profondément les conditions de vie dans les bâtiments.

Cette évolution marque un véritable changement de paradigme.


L'une des principales innovations de la RE2020 est l'apparition d'un indicateur spécifique : les Degrés-Heures d'inconfort (DH).

Plutôt que de mesurer uniquement la température maximale atteinte dans un logement, cet indicateur évalue :

  • combien de temps le bâtiment reste trop chaud ;

  • à quel niveau de température ;

  • sur l'ensemble de la période estivale.

Plus les DH sont élevés, plus le risque d'inconfort est important.

L'objectif est clair : privilégier des bâtiments capables de rester habitables sans recourir systématiquement à la climatisation.


La RE2020 encourage plusieurs solutions dites "passives", qui permettent de limiter naturellement les surchauffes :

  • une meilleure orientation du bâtiment ;

  • des protections solaires (casquettes, brise-soleil, volets, végétation...) ;

  • une ventilation naturelle efficace ;

  • une inertie thermique adaptée ;

  • des matériaux limitant les apports de chaleur ;

  • une conception bioclimatique.

Autrement dit, on ne cherche plus uniquement à isoler le bâtiment, mais aussi à l'empêcher de surchauffer.



Une réglementation qui ne concerne que le neuf

C'est probablement ici que réside la principale limite.

La RE2020 s'applique essentiellement aux constructions neuves.

Or, en France, près de 80 % des bâtiments qui existeront en 2050 sont déjà construits aujourd'hui.

Autrement dit, la majeure partie du parc immobilier devra être adaptée sans bénéficier des exigences imposées aux constructions neuves.

Les enjeux concernent donc tout autant la rénovation que la construction.


6.Peut-on vraiment répondre à la canicule par la seule réglementation thermique ?

La question mérite d'être posée car le confort d'été ne dépend pas uniquement du bâtiment.

Il dépend aussi :

  • de la présence d'arbres ;

  • des matériaux utilisés dans l'espace public ;

  • de la largeur des rues ;

  • de la densité bâtie ;

  • de la désimperméabilisation des sols ;

  • des haies ;

  • des espaces verts ;

  • des îlots de fraîcheur.

En d'autres termes, le bâtiment peut être performant… mais devenir inconfortable s'il est implanté dans un quartier qui accumule la chaleur.




Conclusion

J'aime beaucoup terminer sur une réflexion :

Pendant longtemps, l'urbanisme a cherché à protéger les habitants contre le froid. Le défi des prochaines décennies sera peut-être tout autre. Construire moins chaud. Désimperméabiliser davantage. Redonner une place au végétal. Repenser nos villes non plus uniquement pour économiser l'énergie... mais pour rester habitables.

 
 
 

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